Le Général Yue Fei

Publié le 22 Juin 2022

Général Yue Fei

Général Yue Fei

Origine historique : YUE FEI (1103 – 1142) « AGIR EST FACILE » par Georges Charles.

Général YUE FEI (Yao Fei ou Yuen Fei) (1103 1142), patriote et héros national chinois, connu comme le  « Général protecteur des frontières ». Egalement appelé Peng Ju, il naît dans le comté de Tang Ying de la province de Henan au sein d’une famille de l’ethnie Hakka. Cette ethnie est réputée en Chine, et jusqu’au Japon, pour ses qualités de droiture et de bravoure :

« Les Hakkas font preuve d’un fort sentiment d’unité, de diligence, de patience, d’un enthousiasme sans borne pour l’éducation, ainsi que d’un esprit martial sans pareil » (I. Nitobe Bushido- La Voie du Guerrier).

Cette ethnie très particulière a fourni à la Chine bon nombre d’individus exceptionnels comme Wen Tianxiang, héros de la dynastie Song, Hong Xiuquan instigateur des la révolte des Tai Ping, les maréchaux Zhude (Chu Teh) et Linbiao (Lin Piao) mais également Sun Yatsen, Deng Xiaoping, Li Peng. Sur la demande de Yue Fei, lorsqu’il était encore adolescent, sa mère lui tatoua dans le dos la formule "Sois loyal à ton Pays" .

Ses qualités martiales exceptionnelles lui valurent de gravir tous les échelons de la hiérarchie militaire et de devenir général à trente trois ans. Il fut alors chargé de défendre les frontières du Nord contre les invasions répétées des Jin à l’époque ou Hangzhou était la capitale de la dynastie des Song du Sud. Il réorganisa l’armée et lui redonna confiance ce qui lui permit de ne jamais perdre une bataille et de pacifier, sans brutalité, le nord de la Chine. Adoré par ses officiers et ses soldats il était respecté par ses ennemis qui appréciaient sa droiture dans la parole donnée. Yao Fei était réputé pour combattre à la tête de ses troupes au cœur de la mêlée et pour donner l’exemple en payant de sa personne, refusant, par exemple, de manger différemment de l’homme de troupe avec lequel il partageait volontiers son repas. Avant Patton il déclara  "Une troupe est comme une nouille et ne se pousse pas, il faut toujours la tirer !" .


Yue Fei fut également l’un des premiers généraux à se soucier de la bonne santé de ses armées ce qui l’incita à créer une forme gymnique toujours très pratiqué et connue sous le nom des "Huit Brocards Précieux" (Bā Duàn Jǐn). Ce nom particulier provenait des étendards de soie utilisés par les divers corps de troupe et portant, en insigne, les Huit Trigrammes (Bagua) du Yijing. Il s’agit donc là d’une forme classique de "Qigong" qui était destinée à entretenir la vitalité des soldats et des officiers.

Pour les soldats il créa également une forme de combat à main nue nommée Yi Yue San Shou (Main Longue de Yue) également connue, par la suite, sous la dénomination plus populaire de "Boxe des serres de l’Aigle".

Mais Yue Fei était également un grand expert dans le maniement de la lance. A ce sujet il avait créé une forme de lance particulière connue sous la dénomination de  "Yue Fei Gu Liang Jiang" (Lance fondue à un crochet de Yue Fei). Cette arme était particulièrement redoutable et efficace dans les combats contre les cavaliers Jin et se composait d’une hampe assez courte (1m70), d’un fer droit et d’un crochet. Ce dernier était dissimulé sous un étendard triangulaire de soie plombé. L’autre extrémité de l’arme était constituée par une masse de bronze qui équilibrait le tout et permettait des attaques puissantes et dévastatrices. Le bois de la hampe permettait de bloquer les attaques ; le fer droit de porter des attaques en estoc (pique) ; le crochet d’utiliser la taille (coupe) ; l’étendard de soie plombé permettait de fouetter sèchement ; la masse de bronze de frapper avec puissance.

Cette arme utilisait déjà le principe des "Cinq Eléments" (Wuxing) : la hampe représentant le Bois (Est), le fer droit l’Eau (Nord) (pique), le crochet représentait le Métal (Ouest) (Taille), l’étendard représentait le Feu (Sud) (Frappe) tandis que la masse représentait la Terre (Centre) (puissance et blocage). Le maniement de cette "Lance fondue à un crochet" était donc également basé sur le principe des  » Cinq Mouvements  » qui s’engendrent et se dominent mutuellement : Eau, Bois, Feu, Terre et Métal.


- L’Eau éteint le Feu mais engendre le Bois.
- Le Bois épuise la Terre mais engendre le Feu.
- Le Feu fond le métal mais produit la Terre (cendre).
- La Terre absorbe l’Eau mais génère le Métal (cristallisation, minéralisation).
- Le Métal coupe le Bois mais produit l’Eau.


De plus, le mouvement particulier de l’étendard servait à transmettre des ordres sur le champs de bataille donc à communiquer aux différents corps de troupe l’ordre de mouvement. Le mouvement lié à l’Eau signifiait le recul et la mise en place d’embuscades. Le mouvement lié au Bois indiquait un déplacement de l’extérieur vers l’intérieur donc un contournement. Le mouvement lié au Feu signifiait la charge frontale, l’assaut. Le mouvement lié à la terre indiquait de maintenir la position, de demeurer sur place. Le mouvement lié au Métal signifiait un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, donc une manoeuvre d’aile comme un "coup de faux" (Sichelschnitt ou manœuvre de Von Schlieffen reprise par Von Manstein en 1939 lors du Kriegspiel de la Bataille de France) retombant sur l’ennemi.

Ces ordres donnés par Yao Fei et répercutés par les officiers se son état major, Niu Gao et Zhang Xian, représentaient donc déjà un souci évident de stratégie très élaborée, issue des préceptes de Sunzi (Sun Tseu) à une époque ou, en Occident, on se contentait le plus souvent de la charge frontale. Il est intéressant de savoir que Yao Fei eut l’idée de coupler les  "Huit Trigrammes" (Bagua) des drapeaux des corps de troupe (Baduanjin) avec les mouvements d’ordres indiqués par les "Cinq Etendards" (Wu Junqi) correspondant aux Cinq Mouvements (Wuxing): la Tortue-serpent noire, ou Guerrier en cuirasse, pour l’étendard du Nord ; le Dragon vert pour l’étendard de l’Est ; le Phénix rouge pour l’étendard du Sud, l’Etendard Impérial Jaune pour le Centre ; le Tigre blanc pour l’étendard de l’Ouest.

Ce faisant Yao Yei reproduisait le concept cosmologique très classique des "Quatre Palais" saisonniers, correspondant aux mouvements du "Boisseau Boréal" (Teou) ou "Grande Ourse" dans le ciel au cours des saisons, le "Centre du Ciel" étant occupé par l’Etoile Polaire (Tai Yi) symbolisant l’Empereur ou son représentant en l’occurrence le Général dans son état major.

Grâce à cette discipline basée sur le respect de la parole donnée, grâce à l’entraînement des troupes au combat armé et à poing nu, grâce à une stratégie hautement élaborée Yue Fei mena toujours ces opérations militaires avec réussite et un minimum de pertes. Son immense popularité au sein même des régions reprises aux Jin puis pacifiées ne lui valurent pas que des amitiés à la cour de l’empereur Gaozong (Kao Tsung ou Chen Yen). Le premier ministre de cet empereur, Qin Hui, aidé de sa femme Wangshi et des conseillers Mo Qixie et Wang Jun organisèrent une conspiration pour faire tomber Yao Fei et l’accusèrent de haute trahison. Yue Fei et son fils furent donc convoqués à la cour de Hangzhou où ils se rendirent sans la moindre médfiance, capturés et exécutés sommairement.

Seulement 21 ans plus tard, en 1165, par décret impérial signé par l’Empereur Xiaojung (Hsiao Tsung ou Kien Tao) et sous la pression de l’opinion publique, Yue Fei sera réhabilité à titre postume, élevé à la dignité de Maréchal (Yuanshuai) et totalement réhabilité.

Un temple lui sera élevé en 1221 à proximité de Hangzhou. Ce temple sera plusieurs fois modifié et agrandi en 1715, 1918, 1979. En 1961 la République Populaire de Chine déclarera Yue Fei comme  » Héros National  » et placera sa tombe et le temple comme un monument national majeur et trésor historique.

A la porte de ce temple, devenu l’objet d’un pèlerinage que tout Chinois se promet d’effectuer un jour, les statues de ceux qui trahirent Yue Fei, le ministre félon et sa femme agenouillés et enchaînés, accueillent les visiteurs. Malgré les pancartes d’interdiction, il est difficile aux autorités d’empêcher ceux qui viennent en visite de leur cracher dessus ou de les gifler ces statues sont donc particulièrement bien polies par ce traitement particulier qui dure depuis des siècles. Tous les dirigeants chinois, y compris Sun Yat Sen, Chiang Kai Shek et Maozedong (Mao Tse Toung), se sont, un jour, rendus sur cette tombe qui demeure l’un des endroits les plus visités de Chine.

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Rédigé par Bài lóng - 白龙